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Rôle de la Transmission dans l’identité sexuée à travers les images de l’appareil génital.

Constance de Champris
Psychothérapeute et analyste transgénérationnelle
Co-fondatrice de Généapsy

Conférence colloque féminité-intimité-littérature 15-01-2006 PARIS

L’écoute des femmes exposées in utero au distibène au sein de l’association RESEAU-DES qui les rassemble, et celles qui m’ont été adressées à mon cabinet ou dans mes groupes thérapeutiques autour de l’arbre généalogique m’a ouverte aux images de l’appareil génital féminin, comme support au sentiment de soi et au rôle de la transmission dans l’identité sexuée.

1. Les images de l’appareil genital comme support au sentiment de soi`

Le diethylbiostrol ou distilbène a été prescrit en France au moins jusqu’en 77 à des femmes ayant eu des antécédents de fausses couches. (Pic de prescription : 1970). Le DES handicape plus ou moins gravement l’accès à la maternité d’une grande majorité des filles qui y ont été exposées in utero (cancers, stérilité, malformations utérines, entraînant des taux majorés de GEU, de fausses couches précoces et tardives, de grande prématurité…)

Marie Darrieussecq est la marraine de l’association RESEAU-DES.
Exposée au distilbène, elle a connu le parcours semé d’embûches et d’angoisses que connaissent ces femmes.
« Truisme », le livre qui l’a fait connaître, celui qui nous raconte la métamorphose d’une femme en truie, a été écrit pendant son processus de PMA.
Dans « Le Bébé », son avant-dernier livre, nous sentons sourdre l’angoisse et le traumatisme de son accouchement prématuré. Il est à peine effleuré, comme maintenu en suspension.

Quand elles arrivent à mon cabinet, souvent plus par prescription que par leur demande propre, elles sont comme sidérées par l’urgence que leur impose l’horloge biologique qui fait face à leur désir d’avoir un enfant presque à tout prix.
Souvent le désir n’est pas mûr, mais répondrait plutôt au besoin de soulager l’angoisse de leur mère et la leur, face à l’épée de Damoclès d’une possible stérilité annoncée.
Aussi le parcours du combattant qu’elles ont connu et qu ‘elles rapportent le plus souvent dans une volonté de mise à distance, avec tout son cortège de deuils ou de traumas, est tellement douloureux que l’intrapsychique est difficilement accessible dans le face à face ou dans la scène analytique. C’est comme si elles attendaient de l’espace thérapeutique le miracle sans rien lâcher vraiment d’elles-mêmes, de peur de devoir se confronter au deuil impossible qui les menace. Elles sont donc pour la plupart très clivées. En tout cas , nombre d’entre elles résistent.
D’ailleurs, nombreuses sont celles quand elles obtiennent ou non ce qu’elles veulent, qui disparaissent, comme si elles mettaient un suaire sur leur histoire. Elles reviendront sans doute plus tard à l’occasion de nouvelles crises de passage.
L’autre faisant miroir , la femme-DES s’identifie de plus en plus à ce que d’autres constatent (notamment le corps médical). Elle s’en fait une image dans un à-plat, contre lequel elle se cogne d’autant plus violemment qu’elle se doit de répondre aux projections de sa mère et au désir plus ou moins clair de son conjoint.
Les relations mères-filles et son ravage, développées par ailleurs dans la littérature, sont particulièrement aiguisés dans cette clinique.
Alors comment les reconnaître sans pour autant les laisser s’identifier aux images qu’elles ont d’elles-mêmes. Le corps qu ‘elles ont, devenant le corps qu ‘elles Sont, « fichu, abîmé, mal foutu ».
J’ai été amenée pour contourner leurs défenses, à modéliser à partir d’une relaxation, tout un travail de respiration dans le bassin pour plonger dans leur inconscient à partir des images ou des ressentis qui émergent de leur appareil génital.
La technique du rêve éveillé libre incite à formuler non seulement les associations verbales, mais aussi les associations par images et les déplacements visuels des images dans l’espace imaginaire.
Une place privilégiée est donc accordée à la dynamique de l’imaginaire.
Cet imaginaire est « éveillé » et « expansé » à partir des associations verbales, des émotions, sentiments et images, mais il reste toujours inséré dans le récit verbal que le patient fait au thérapeute, entraînant une réorganisation de la dynamique interne figée.
Le patient gère progressivement cet ensemble en tenant davantage compte de ses potentialités.
Dans mon contre-transfert, je rentre dans le tableau qu’ils me proposent et je me laisse ressentir l’image de ces corps souvent bien étranges.
Mon intention thérapeutique dans mes interventions est qu’ils s’approprient leurs besoins, plutôt que de rester accrochés à leurs manques, qu’ils donnent plus de corps à ces images pour se dégager de cet à-plat dans leurs identifications. (Ils sont comme collés aux mots plus qu’à la parole d’une expérience)

Le travail sur les images de l’appareil génital, leur permet de restaurer le ressenti d’une meilleure intégrité corporelle, ancrage d’un meilleur sentiment de soi.
Ces images qui se transforment à mesure dans le processus vont servir de base à une identification narcissique de meilleure qualité sur laquelle pourra s’appuyer la personnalité.

A vient pour des problèmes de couple. Elle vit un stress : son mari, dont elle la deuxième femme, la trompe, et elle n’a plus de désir pour lui. Elle me donne l’impression d’être à bout de souffle.
C’est une femme distilbène qui a fait plusieurs fausses couches, dont une tardive, d’un garçon. Toute son énergie, elle l’a mise au service de son désir de maternité. Elle donnera finalement naissance à deux nouvelles filles pour son mari qui en avait déjà 2 d’un lit précédent, deux grossesses difficiles imposant l’alitement.
Impossible d’aller interroger son corps caveau. Respirer simplement dans son ventre lui était impossible, cela réveillait les traumatismes des pertes.
Au bout d’un an, à sa demande, à la veille d’un départ en voyage avec son mari, elle s’interroge sur sa féminité endormie, me demande d’aller rencontrer cette partie de son corps qui s’est gelée. Je lui propose donc de respirer dans son bassin et d‘écouter ses sensations, ses ressentis et de laisser venir les images. Elle voit quelque chose d’opaque, comme une aurore boréale. Elle se sent coupée de l’extérieur, comme derrière une pellicule, une vitre opaque, ça la protège, cela la tranquillise, sentiment qu’elle n’a pas éprouvé depuis bien longtemps, mais se sent à l’étroit, repliée sur elle, de là elle ne peut rien sentir. Je lui propose de respirer un peu plus, elle ressent un blocage, puis la paroi devient élastique, sombre, rouge foncé, elle se sent moins à l’étroit. Dehors, c’est l’inconnu, mais dans sa bulle, elle trouve de la sécurité, du confort. Elle y installe un siège rose à billes, dans lequel elle se repose. Les tensions qu’elle ressentait jusqu’à présent à la nuque disparaissent. Elle contemple l’horizon loin devant. Cela lui fait ressentir de la liberté.
Ses relations avec son mari à partir de cette séance vont commencer à se détendre. La sexualité à laquelle elle se refusait redevient envisageable.

2. Transmission et identité sexuée :

Mon approche concomitante du transgénérationnel m’a sensibilisée au rôle de la transmission dans l’identité sexuée, allant jusqu’à me faire penser que notre corps-psyché est tout empreint, pétrit du corps familial et ancestral. Car derrière ces images, il y a tout un chapelet d’identifications qui transitent et se tricotent.
Comme le déroulement d’une impression sur une pièce d’étoffe, dans laquelle seraient taillés les différents costumes des acteurs dans la pièce de théâtre où se joue, se représente, le mythe familial.
Les traumas corporels ou de façon plus large ceux que le corps familial a transmis façonnent tout un corps d’expérience réel et imaginaire qui se décline à tous les temps et à toutes les modes de génération en génération.

C. est la fille aînée d’une femme à qui l’on avait prescrit de l’Oethynil-Oestradiol (molécule voisine du distilbène mais dont les conséquences selon certaines études en cours auraient occasionnés plus de troubles neuro-développementaux et psychiatriques que gynécologiques), suite à un antécédent de fausse-couche. La mère de C. avait souffert avant son mariage d’une première torsion de trompe qui lui avait valu une première salpyngo-érectomie, puis une seconde torsion de trompe se déclare à 3 mois de gestation pendant la grossesse aussi sous Oethynil, de son second enfant, un garçon, nécessitant une nouvelle intervention. Ce dernier est rentré dans la psychose vers 22 ans.
À peu près au même moment, C. épouse un homme qui malgré son nom et son ascendance ne plait pas à sa famille. Il fera 5 ans plus tard montre de troubles bipolaires avec en toile de fond une alcoolisation et des conduites extrêmes qui entraîneront à la demande de C. la séparation du couple pendant 9 mois.
Retournée auprès de son mari, elle vient me voir car elle désire un enfant. Elle a fait un an plus tôt une première fausse-couche. Elle a des maux de ventre. Elle souffre de boulimie (elle mange l’après-midi des petits gâteaux, et une fois par mois, elle prend des laxatifs pour se purger car tout cela la rend sale) et présente des phobies du toucher notamment quand elle se lave. Elle se sent persécutée dans son travail, comme elle l’est encore par son père.
Les premières images de son ventre évoquent le sang noir, le goudron, puis des oiseaux pris dans la marée noire.
Deux ans plus tard, ayant trouvé un nouveau poste plus gratifiant dans son entreprise, elle intègre un groupe thérapeutique autour du transgénérationnel. Elle venait de faire une nouvelle fausse-couche. Dès le début de sa grossesse, elle m’avait confié sa peur et son dégoût de grossir.
Elle venait aussi de ressortir de ses tiroirs un petite poupée de 10 cm dans un berceau de toile, appelée « bébé saignant », qui appartenait à sa grand-mère maternelle, que sa mère et ses tantes lui avaient donné en rangeant l’appartement de la grand-mère décédée (drôle d’héritage pour une femme qui souffre de stérilité). Elle voulait y donner sens. Dans le souvenir de sa mère, ce petit poupon était donné par la grand-mère à ses filles (surtout la mère de C.) quand petites, elles étaient malades pour les consoler.
Son ressenti utérin dans ce 1er jour de groupe, plus qu’une image évoque une plume, l’ouaté d’un oreiller, du blanc, du duvet, du coton, du doux comme un nuage. Elle dessine une plume orangée et une fleur de coton. Quand je lui demande de représenter l’utérus de sa mère, elle me le décrit comme dangereux, insécure, douloureux, rouge. Puis le blanc du coton devient pour elle chirurgical. Là pour panser les plaies. Elle aurait envie de mettre du coton dans son ventre quand il lui fait mal, pour l’apaiser quand il est inflammé.
La question qu’elle pose à sa mère : « pourquoi tu ne m’as pas dorlotée, pourquoi cela a été tranchant ? ».
Selon elle, sa mère n’aurait eu comme devoir que de donner à son mari une descendance, surtout un fils à ce seul garçon de sa fratrie héritier du nom et de la maison de famille.
La grand-mère maternelle de C. a eu elle 3 enfants coup sur coup pendant la dernière guerre. Sa dernière grossesse, celle de la mère de C. l’aurait épuisée (ce sont les mots qui sont rapportés) car contracte à la naissance un staphylocoque doré qui l’éloigne de son enfant puis peu de temps après part deux longues années, en sanatorium, pour tuberculose laissant ses enfants à la charge de son mari. Le grand père de C. disait à sa dernière fille qu’elle avait failli tuer sa mère. Enfant, la mère de C. était surnommée zeton, le cochon sale. Quand, C. déshabille bébé-saignant devant nous, nous découvrons sous sa robe des bandages sur les poumons.
À la seconde séance de groupe, elle nous dira avoir traîné une cochonnerie, une otite qui lui bouche les oreilles.
Nous apprendrons que c’est au retour du sanatorium, que la grand-mère inaugurera le rituel de « bébé saignant » et restera en relation pendant de longues années avec un ami dit de cœur ( !) rencontré là-bas.
Au cours d’un travail de relaxation, elle se sent en profonde insécurité et se voit comme un oiseau sans plumage dans la tempête que rien ne peut protéger. Son besoin : une aile sous laquelle se blottir mais qu’elle ne peut imaginer au-dessus d’elle.
Plus tard, elle rêvera qu’elle est un oiseau qui s’échappe de la pièce où elle est avec sa mère, attirée par la lune bien ronde, mais ses ailes sont lourdes. Des petites étoiles scintillent autour de la lune qui rayonne, elle associera son mari au soleil qui éclaire la lune et la rend belle.
Son mari prendra au cours du processus plus de consistance pouvant devenir un appui face à la mère qui continue certes de le dénigrer, mais plus suavement. C. contre mieux aussi les tentatives de fagocitage de sa mère. Elle prend conscience que quand elle se sent femme, sa mère devient jalouse.
La petite fille effarouchée, blessée, ensanglantée qui avait frappé à ma porte, toute recroquevillée au fond d’elle-même, me dira ressentir aujourd’hui plus de densité à l’intérieur de son corps et occuper mieux sa place dans le monde tant en présence qu’en autorité.
À la faveur de ses recherches généalogiques, une bascule s’opère aussi dans ses relations à son père, qui de tyran, va se montrer complice. Elle ressent même de sa part du respect, de la fierté et même de la bienveillance. Elle se rendra compte que c’était sa mère qui la maintenait à distance du père. Comme si C. ne pouvait incarner pour sa mère que ce bébé saignant chargé de la consoler de ses abandons primaires.

3.
Le travail sur les images semble leur permettre de s’ouvrir à leur perception sensorielle, dans le contact avec leur propre corps, de se l’approprier par une expérience de liaison intérieure.
Cela les décolle d’identifications par une expérience symbolique, médiatrice de transformations dans le ressenti interne.
Cela équivaudrait à restituer le placenta qui appartient somme toute à l’enfant et non à la mère, même si il n’a pu tout filtrer des influences du système familial dans lequel l’enfant se précipite.
Cela permet d’habiter son corps dans une plus grande réalité et commencer à le vivre pleinement et non plus partiellement, cad pouvoir sans crainte y éprouver du plaisir et du déplaisir.
Pour se sentir tout simplement enraciné dans une confiance en soi qui trouve sa source dans le sentiment de se sentir en sécurité dans son propre corps.
S’en suit une transformation des affects, des émotions en une expression plus vivante de leurs sentiments et une autre perception, à partir d’une nouvelle perspective, moins adhérente ou adhésive, de leur place, de leur rôle et de leur fonction.