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À la découverte de la psychogénéalogie

Préface Constance de Champris
Éd. du Dauphin - 2006

Quelle est la visée de la psychogénéalogie et de l’analyse transgénérationnelle ? Mettre en perspective l’histoire de sa famille, pour mieux la comprendre, saisir la place à laquelle nous avons été invités à jouer un rôle, pour mieux se distancier des drames qui se trament (qui vont parfois jusqu’au tragique) et des croyances qui les soutiennent.
Tout dépend d’où l’on voit la scène : des fauteuils d’orchestre, du poulailler, des coulisses ou sur le plateau. Nous sommes bien plus souvent acteurs sur la scène de notre vie que réalisateur de la pièce qui se joue. Ce n’est que dans la distance que nous apercevons mieux ce qui s’intrigue sur la scène. L’acteur est tout dans son rôle préoccupé de répondre, de réagir dans son expression à ce qui se présente à lui dans l’instant. Il n’a que très peu de recul, précipité qu’il est dans la scène qui se joue. Les spectateurs ont une plus grande vision de l’ensemble qui leur est donné à voir. Le temps qui se déploie leur permet de comprendre l’histoire et le destin qui se déroulent sur l’espace scénique.
Aborder l’arbre généalogique dans une approche psychologique commence par la représentation de l’histoire familiale dans l’espace thérapeutique à travers différents outils qui permet au couple client-thérapeute d’essayer de comprendre ce qui se joue dans l’histoire de cette famille, dans le présent du sujet mais aussi dans ce qui le détermine, grâce à la remontée dans les origines.
La compréhension des mécanismes en jeu au sein des familles est complexe. Plusieurs champs de connaissances sont convoqués alliant des théories et des disciplines variées comme la psychanalyse, les thérapies familiales systémiques, l’approche psycho-sociale, l’histoire, l’anthropologie, l’ethnographie pour aider à reconstituer l’histoire familiale et encadrer le processus thérapeutique.
La psychogénéalogie va s’attacher aux répétitions comme le syndrome d’anniversaire, concept novateur d’Anne Ancelin-Schützenberger, ainsi qu’aux loyautés dans le système familial. Dates, prénoms, noms de famille, métiers, origines culturelles ou religieuses, phénomènes migratoires, faits et anecdotes de toute nature, autant d’informations rassemblées sur le génosociogramme qui seront étudiées à la loupe, passées au peigne fin…
L’analyse transgénérationnelle accueille l’inconscient familial et ancestral et son lot d’identifications et de projections, accompagne le processus psychique, et s’intéresse dans le processus thérapeutique aux transmissions fondatrices de l’identité. Faire travailler avec l’arbre généalogique permet au client de comprendre quelle place il occupe dans ses liens qu’ils soient d’attachements, de devoirs, d’obligations, de loyautés, de missions conscientes ou inconscientes… avec sa famille.

DÉTERMINISMES ET CONDITIONNEMENTS
Mon expérience du transgénérationnel me montre que l’enfant dans l’histoire de sa conception serait plutôt secrété par la famille, comme un précipité qui échapperait au discours conscient du désir de ses parents.
Les dates de conception, nous a appris Monique Bydlowski, ne doivent rien au hasard. Elles échappent bien souvent en tout cas à la volonté des parents.
L’enfant qui porte une partie du corps familial par ses gènes s’incarne dans un utérus qui va le pétrir pendant toute sa gestation. L’utérus est porteur dans sa mémoire organique d’une histoire de reproduction et de filiation. Le processus d’incarnation et de gestation va être influencé par l’histoire du couple de ses parents dans leurs liens avec leurs familles et leurs vécus respectifs.
Dans ce qui se tisse et se rêve avec l’arrivée d’un enfant, les parents projetteront leurs propres identifications, elles-mêmes forgées dans leur tendre enfance, à partir desquelles ils ont construit leur moi d’adulte.
L’enfant paraît, et le système familial le rencontre dans sa réalité (son corps, son sexe, sa personnalité). Son patronyme lui est imposé par la famille dans lequel il s’inscrit. Mais il est doté d’un prénom qui le distingue. Ce choix distinctif, dans le vaste répertoire des prénoms, est porteur de toute une histoire à la fois consciente et inconsciente pour celui qui le donne. Ainsi le prénom est encombré de l’imaginaire parental, il nous inscrit dans une histoire familiale dont il contient les traces. S’y intéresser permettra au psychogénéalogiste de tirer un fil pour tenter de comprendre le jeu des projections sur les places dans le système familial. Et essayer de comprendre le poids de l’inconscient familial sur nos destinées.
Certaines familles ont des histoires dramatiques sur lesquelles il paraît difficile, voire impossible, de s’appuyer. La souffrance, que celle-ci s’exprime sous forme de honte, de rejet, de déni ou d’aliénation, ne nous permet pas de trouver l’apaisement émotionnel dans le présent de nos vies.
Certes nous pourrions rechercher les traumatismes de l’enfance pour rendre compte de notre mal-être. Lui donner sens dans une perspective transgénérationnelle, par le déterminisme de nos places dans nos familles permet, par cette mise à distance, d’opérer une séparation sans rupture avec la famille.
Certains sont placés dans des rôles difficiles liés à leur place dans le système familial dont ils cherchent à se défendre (quelquefois comme de beaux diables) en puisant bien souvent dans tous les registres émotionnels. Ces émotions ne sont que le reflet de l’infantile transmis par l’arbre.
Faire face à son arbre, c’est d’abord commencer son travail d’adulte : affronter les situations traumatiques non plus dans une seule demande de revendication, mais dans le désir de donner sens, d’oser parfois déchirer le voile sur certains secrets, ou certains déterminismes auxquels on ne voulait pas croire.
L’enfant, encore immature et dépendant du groupe familial, va grandir en adhérence aux discours parentaux, comme étant la seule vérité possible ; il devient l’otage du discours des autres. En apprentissage de son devenir d’humain, il n’a encore aucun recul nécessaire pour développer tout sens critique. En proie à un mode de pensée où sévit la violence des fantasmes, il traverse des zones de brouillards émotionnels psychiques dont il s’attribue toute la responsabilité parce qu’il se sent seul coupable. En revanche, il cherche à expulser dans ses symptômes une partie des dysfonctionnements familiaux. Il n’a pas d’autres mots pour le dire. Il s’empreint pendant toute sa croissance du discours parental et familial. Comme un membre de la tribu, il apprend ses codes, ses modes, ses us, ses habitus, ses coutumes, ses rites, ses loyautés, ses croyances, ses alliances…
Aux crises de passage, qui confrontent l’individu dans des passages identitaires (école, puberté, indépendance, autonomie, engagements, formation, accès à la sexualité, à la parentalité, héritages, passage à la retraite…) maîtrisant mieux les mots, il interroge par ses réactions, toujours émotionnelles, la cohérence du système. De soumis, il devient plus ou moins rebelle, mais pour autant toujours sous le joug de ceux qu’il tente de remettre en cause. Son identité se construit avec ce qu’il a rencontré et ce qu’il transmettra à son tour sera coulé dans ce moule. Nous sommes conditionnés, prescrits par nos familles, nos milieux, nos origines et la réalité du monde dans lequel nous naissons. Notre destin sera différent si nous naissons dans une famille protestante des États-Unis, ou dans une famille musulmane d’Afghanistan. Ceci constitue la matière psychique à quoi le psychogénéalogiste, analyste transgénérationnel, doit faire face pour pouvoir la comprendre et aider son client à l’intégrer. L’analyste transgénérationnel va écouter ces dires familiaux transmis, les interroger pour en saisir la substance et le sens, en dénoncer les incohérences. Par la psychogénéalogie, le client sera invité à vérifier ces dires par les informations que procure l’État civil et par la collecte de nouvelles versions recueillies auprès de nouvelles personnes sources. C’est ainsi que nous apprenons en vérifiant les dates que tel ou tel ancêtre n’a jamais pu connaître la situation qu’on lui attribue.
Une croyance s’effondre laissant place à un fantasme familial qu’il convient d’analyser pour traquer le secret qui pourrait se cacher derrière. Toute version appartient au mythe, nous a appris Lévi-Strauss. Bien souvent, derrière la transmission des valeurs les plus radicales se dissimulent les plus grandes hontes. Un parangon de vertu occultera par sa conduite exemplaire une filiation vécue comme honteuse. Pour se protéger du trop-plein du traumatisme, un clivage s’opère chez ceux qui y ont été exposés, transmettant aux générations suivantes en creux ce traumatisme non digéré et sur lequel on a tenté de faire silence.

COMMENT SE REPRÉSENTER LA TRANSMISSION
Le flux de la transmission est descendant. Une manière de le représenter : une rivière dont le lit contient des trous encombrés de grosses pierres (traumatismes, deuils, défauts de communication…) qui en réduisent le débit ou le dérivent.
La filiation est un mécanisme d’allocation des places et de l’ordre des générations. La naissance est l’occasion d’une remise en ordre symbolique des générations. Elle est marquée par un changement en cascade de place et de nom des parents (ainsi les enfants devenant parents font de leurs parents des grands-parents). Cette remontée des places se fait dans un mouvement ascendant. Ce déplacement sur ce que je nomme la croix de l’incarnation (sur l’axe du temps par les naissances et celui de l’espace par les alliances ) correspond à des moments de crise structurante.
Crise vient de Krisis : « choix » et « action de séparer », d’où « dissentiment », « contestation ». À chaque étape générative, nous remettons notre place en jeu. On ne peut prendre une place dans l’arbre que si celle-ci est vacante. Cela sous-entend que le conflit et la rivalité, l’opposition aient droit de cité dans la famille. Si la place n’est pas accessible, c’est que souvent elle n’est pas cessible . La différence de générations ne va pas de soi, ce n’est pas une donnée biologique mais une institution symbolique.
Dans ce travail génératif, le sujet se confronte à ce que l’arbre transporte comme défauts de symbolisation dans une dynamique horlogère qui peut surprendre celui qui l’observe. Le fruit de la transmission, c’est l’héritage qui n’est juste que lorsqu’il est approprié : « Ce que tu as hérité de tes Pères, afin de le posséder, acquiers-le », reprend Freud du Faust de Goethe. Cet héritage marque l’initiation qui fait accéder l’individu à son nouveau groupe d’appartenance et fonde son identité.
Les arbres sont toujours en désordre, le premier objectif de la Psychogénéalogie, à partir du génosociogramme, est de remettre en ordre les places de chacun, d’identifier les loyautés à partir des prénoms, des dates, des syndromes d’anniversaires… Le deuxième objectif du transgénérationnel est de remettre du lien entre les membres de la famille pour accueillir et recueillir les transmissions.
Le travail avec l’arbre montre que la relation qui s’instaure entre un parent et son enfant porte l’empreinte de la relation que ce parent a eue avec son propre parent et ainsi de suite. On ne peut avoir une juste relation que si tous les protagonistes ont une relation apaisée avec leur environnement, sinon les ascendants pèsent sur les descendants. Les projections des parents sur leurs enfants s’expliquent comme une réponse aux projections de leurs propres parents.
Souvent le parent est dans un rôle à jouer (celui auquel il répond) au lieu d’aider son enfant à devenir ce qu’il est en puissance, à épanouir ses potentialités.
Le travail du psychogénéalogiste ne peut donc se réduire à des décodages. Le processus inconscient familial entre en jeu et l’éthique du psychogénéalogiste ou de l’analyste transgénérationnel lui impose de prendre en compte les résistances du corps-psyché familial qui sont toujours des processus de défenses à respecter. Nos névroses, qu’elles soient individuelles ou familiales, une fois acceptées peuvent être mises au service de nos créations.
Chaque personne ne va rencontrer puis raconter que l’histoire de sa place au sein de sa famille dans ce qu’elle a d’unique et de particulier. Les secrets sont parfois nécessaires à garder, il faut savoir attendre le moment juste pour les révéler et ce aussi bien en séance que dans le réel de nos vies. Pour cela, il faut s’assurer que la personne soit assez forte pour faire face à ce que l’arbre peut contenir de traumatismes mortifères. Il ne s’agit pas de décrire ce qui se passe dans une famille, le risque étant de laisser croire que nous sommes soumis à la fatalité du destin (ce que certaines places malheureusement dans l’après-coup montrent), mais d’intégrer ce qui est en jeu pour mieux s’en dégager. Cette période d’intégration demande du temps, et la transformation pour se « désintriquer », de la patience.